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Une petite histoire…

CINABRE.... QU'ES ACQUÒ ?

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Le cinabre est une espèce minérale. Il a été décrit pour la première fois par Théophraste en 315 avant JC dans son ouvrage De Lapidibus (Pline l'Ancien, HN; XXXIII; 37).

Lors des derniers millénaires, le cinabre natif présent dans les gisements a été utilisé pour en extraire le mercure qu'il contient ou pour être utilisé comme pigment, après extraction dans une veine pure.

La couleur du cinabre est d'un rouge intense, même réduit en poudre,elle varie de cannelle au rouge écarlate en passant par le rouge brique, ce qui explique que le cinabre ait historiquement été utilisé comme pigment dans la peinture et les encres d’imprimerie.

Le cinabre était le principal pigment rouge utilisé par les artistes antiques.Importé d'Almaden en Espagne ou depuis les flancs du Mont Amiata en Toscane puis traité dans des ateliers à Rome, le cinabre était le à l’époque le pigment le plus onéreux que l'on trouvait sur le marché. Selon Pline l'Ancien, le minerai de cinabre coûtait aussi cher que le bleu d'Alexandrie (50 sesterces la livre) soit 15 fois le prix de l'ocre rouge d’Afrique, son alternative.On mesure la valeur du rouge de cinabre dans les fresques de la Villa des Mystères à Pompéi.

Fresque_des_mytères,_Pompéi

Ce pigment y est utilisé pour les fonds, omniprésents ici, l'usage étant de les réalisés à l’aide de simple ocre rouge. L’abondance de cette couleur atteste de la fortune des propriétaires du lieu qui se sont servis de cette décoration murale pour afficher leur fortune.

On retrouve également son utilisation dans les encres d'imprimerie. Comme il permettait d’obtenir la couleur pourpre, couleur impériale par excellence, le cinabre était très important à Byzance où l'empereur, seul habilité à s'en servir,authentifiait les actes de la chancellerie impériale avec de l’encre pourpre. En Occident au cours des XII et XIII ème siècles, certaines enluminures étaient réalisées à l'aide d’une encre à base de cinabre et de sanguine . Les artistes de l’époque prenaient soin d’isoler cette substance trop réactive aux autres pigments à l’aide de vernis et de la protéger des rayons solaires en posant par dessus des glacis (garance).

Le cinabre est également connu et utilisé depuis la plus haute antiquité en médecine même si aujourd'hui on sait que la présence de mercure dans le minerai lui confère une toxicité indéniable.

En Chine des ascètes considéraient le sang comme l'âme et sa couleur comme le principe actif ou le concentré de l'âme, les substances rouges étaient considérées comme riches en essence vitale et pouvaient donner à celui qui les consommait des parties du principe actif de la vie. Selon ces croyances, le cinabre ayant l'exacte couleur de sang, son ingestion était censée remplacer des pertes de sang et favoriser une longue vie. Ainsi deux substances étaient vues comme des facteurs de longévités et consommées en remèdes : l'or, inaltérable, pour préserver le corps le cinabre pour prolonger la vie.

Dans la médecine chinoise Zhu Sha, le cinabre était utilisé pour calmer l'esprit, apaiser le cœur et clarifier la chaleur.Les taoïstes l'utilisaient comme une drogue afin d'accéder à un état bienheureux. Le cinabre était reconnu comme la substance naturelle la plus performante pour obtenir l'immortalité. Au IV ème siècle avant notre ère, le Taoïsme alors en plein essor rassemble les connaissances cosmologiques,initiatiques et alchimiques des confréries de forgerons.Ils appelaient le cinabre « sang de dragon » ou « dragon rouge »et travaillaient sur ces propriétés alchimiques et médicales. Sous les Han(206 avant JC-220 après JC) plusieurs seigneurs se seraient empoisonnés grâce aux fameuses pilules d'immortalités fournies par leurs alchimistes.

Même si le cinabre n'est aujourd'hui plus utilisé sinon en médecine homéopathique ( sa dilution permet de lutter contre les risques de toxicités inhérents à la présence de mercure ou encore semble efficace contre des affections ORL ou dermatologiques, le cinabre a gardé toute sa puissance symbolique d'élément favorisant l'immortalité.

L'alchimie interne taoïste emploie le mot cinabre pour véhiculer des concepts essentiels à la pratique d'une forme de méditation. Dans la théorie mystique chinoise du Qi on parle de «trois champs de cinabre» qui correspondent à trois points corporels précis que l'on met en relation avec la trinité Taoïste Terre Homme et Ciel.En travaillant sur la bonne circulation de l'essence, de l'esprit et du souffle à travers les parties du corps qui relient ces trois champs de cinabre, le pratiquant est censé se rapprocher de la notion d'immortalité.

dan tian